Charge mentale et coaching : article issu de mon mémoire de coaching


Résumé

La charge mentale, qui est l’ensemble des sollicitations du cerveau pendant l’exécution d’un travail, peut être stimulante au même titre que le stress ou devenir problématique à plusieurs niveaux que ce soit dans la sphère privée (conjoint/ enfant, amis, famille) ou la sphère professionnelle (collègues, hiérarchie, fournisseurs, clients). Dans la sphère professionnelle, la charge mentale fait partie des Risques Psycho-sociaux, et peut avoir un impact sur la productivité de l’entreprise. Dans la vie personnelle, la détection de la charge mentale peut se faire via l’individu qui l’a subie ou son entourage. L’individu ou l’entreprise peut alors se faire accompagner par un coach pour diminuer cette charge mentale. En fonction de la problématique, le coach utilisera les outils opérationnels du coaching, pour explorer la demande et définir un objectif, pour ensuite établir un plan d’actions adapté.

Mots-clés : charge mentale, coaching, accompagnement, vie privée, vie professionnelle, cognition

Définition de la charge mentale

Les Editions Tissot, spécialisées depuis 1972 dans le domaine du droit du travail, décrivent la charge mentale comme « l’ensemble des sollicitations du cerveau pendant l’exécution du travail […]. C’est donc une contrainte de travail qui est non seulement fonction des exigences inhérentes à la tâche (contrainte de temps, complexité, vitesse, minutie, attention demandée, etc.) mais également des capacités de traitement de la personne chargée de l’exécuter. Cela concerne donc le processus de perception et de traitement des informations lors de l’exécution de l’activité » 1.

De plus, la charge mentale dépend également des pressions psychologiques liées à l’environnement : délai, coût, qualité, obéissance aux ordres de la hiérarchie, gestion des collègues et des tiers (client, fournisseur, prestataires).

Sur le site Internet de l’Officiel Prévention, santé et sécurité au travail, il est expliqué que la charge mentale est amplifiée « dans les situations de conflits au travail, qu’ils soient relatifs au rôle, à la fonction ou à l’autonomie dans la structure de l’entreprise ou aux valeurs (éthique, image du métier…) ». La charge mentale touche toutes les strates hiérarchiques de l’entreprise (ouvriers, employés, managers, …). Par exemple, les métiers relationnels (commerciaux, médico-sociaux, enseignement…) sont sujets à la charge mentale du fait de fortes exigences émotionnelles que confèrent leur métier. En effet, il y a souvent « une dissonance entre les sentiments réels du travailleur et l’apparence qu’il doit afficher vis-à-vis de son interlocuteur ou client (amabilité forcée, compréhension factice…) » 2.

D’autre part, la charge mentale est fortement liée à l’environnement de travail de l’individu. Ainsi « les violences internes (abus d’autorité, harcèlements), externes au travail (agressions verbales ou physiques des tiers à l’entreprise) » mais également « les mauvais ambiances physiques (sonores, thermiques, lumineuses, ergonomiques) ou organisationnelles (travail de nuit, isolé, les jours fériés, heures supplémentaires, …) » sont des facteurs aggravant la charge mentale 3.

A l’inverse, L’Officiel Prévention, santé et sécurité au travail souligne que « le soutien social au travail, l’aide et la reconnaissance de la part des supérieurs ou des collègues, diminuent la charge mentale ». De même, « le plaisir ressenti de faire une tache utile et/ ou gratifiante sur un plan intellectuel, le sentiment d’accomplissement et de progression individuelle dans un travail adapté à ses capacités et à sa personnalité, le sentiment d’efficacité personnelle et d’estime de soi, diminuent sensiblement la charge mentale » 4.

D’autre part, la charge mentale touche également la sphère privée, on parle alors de charge mentale « ménagère », « domestique » ou « des femmes » faisant écho à la proportion des tâches relatives au foyer incombant à la femme versus à l’homme dans un foyer hétérosexuel. L’enquête Emploi du temps 2010 réalisée par l’INSEE environ tous les 10 ans 5 montre que les femmes effectuent près des deux tiers des tâches domestiques, et le temps parental représente toujours deux fois plus de temps que celui consacré par les hommes quotidiennement.

La charge mentale ménagère a été introduite par Monique Haicault dans son article « La Gestion ordinaire de la vie en deux » (Haicault, M., 1984, pp. 268-277). Elle y décrit le principe de la « double journée », où une femme en couple qui travaille, doit assumer à la fois son activité professionnelle ainsi que les tâches ménagères et la gestion du foyer. Elle explique que la double charge travail et foyer ne se limite pas à « une simple addition des contraintes », mais que la femme emmène au travail une partie des tâches à gérer pour le foyer.

Dans son interview à France Info 6, Sandra Frey, sociologue et politologue spécialiste des questions de genre, évoque que la paternité du terme « charge mentale » revient à la sociologue Danièle Kergoat, spécialiste de la division sexuelle du travail qui, en 1990, se penche sur le cas des infirmières. Dans l’analyse de leur combat pour faire reconnaître professionnellement leur activité, Danièle Kergoat met en avant que « les rôles sociaux demandés aux infirmières soient des rôles « féminins » qui renvoient à des qualités individuelles plutôt qu’à des qualifications professionnelles : dévouement, douceur, dextérité, patience, écoute, empathie, etc., des qualités qui prolongent les fonctions dites « naturelles » de mère et de ménagère ». (Kergoat et al 1992 : pp 192)

Dans l’article de Libération du 28 juin 2017, intitulé « L’inattendu retour de la charge mentale » il est écrit que « la schizophrénique double journée est toujours une réalité » en 2017, et qu’elle aurait même empiré 7.

D’après la thèse de la psychologue du travail Pascale Molinier 8 « l’intensification du travail est augmentée du fait que nous sommes tous connectés. Le concept de charge mentale convient très bien à nos activités technologiques ordinaires. » Selon elle, les hommes et les femmes sont soumis à la même tyrannie des mails et des SMS mais pas à égalité. Malgré leur investissement massif dans le monde du travail, les femmes voient leur vie professionnelle touchée par la double journée : choix du temps partiel, filières professionnelles moins chronophages, engagement moindre ou différenciée dans la vie publique. En grande partie, s’expliquent ainsi les inégalités professionnelles entre les deux sexes. Et la situation est particulièrement tendue pour les mères de jeunes enfants.

D’autre part, certains hommes ne se retrouvent pas dans les propos véhiculés sur la charge mentale domestique, communément appelée « charge mentale des femmes ». En effet, certains hommes s’indignent, car dans leur foyer, ce sont eux qui assument la charge mentale domestique. Un père de famille parle de la famille mono parentale où il gère 100% de la charge mentale 9. Un autre évoque 10 « qu’il y a toutefois également à ses yeux une difficulté pour les hommes à se positionner face à une injonction contradictoire : le fait qu’il revient, dans ce même schéma de répartition genrée des tâches, à l’homme de supporter sa famille financièrement et qu’il faudrait en même temps sortir de ce rôle attribué pour s’occuper des siens au quotidien… ».

En effet, il convient de mettre en regard ce sujet avec l’évolution du rapport homme/ femme dans le temps, et l’évolution de la société et des mesures prises pour faciliter l’implication croissante des hommes dans la parentalité et la vie domestique. D’après l’enquête INSEE 2015 11, « au cours des 25 dernières années, […] les hommes se sont davantage impliqués dans l’éducation des enfants, tandis que leur contribution aux autres tâches domestiques est demeurée stable […] ». L’implication croissante des pères dans l’éducation des enfants, plus importante quand l’enfant a moins de 3 ans, est désormais perçue comme valorisante, comme en témoigne le nombre d’articles de presse vantant les prouesses des « nouveaux pères ». Deux lois votées au début des années 2000 sont emblématiques de ces changements des rôles des hommes, celles sur le congé de paternité (bien que celui-ci soit de 11 jours calendaires consécutifs et réservé uniquement aux salariés) et sur le renforcement de la coparentalité et la garde partagée.

« Les femmes ont aussi consacré davantage de temps aux activités parentales mais ont sensiblement réduit le temps dédié à l’entretien domestique. » 12. Ce temps domestique s’est réduit du fait d’un relâchement des exigences des femmes en termes d’entretien domestique et d’une externalisation de certaines tâches (alimentation : plats préparés, recours à une aide à domicile : « seulement 7% de la population y a recours en 2010 »).

Ces changements au sein des familles s’expliquent par divers facteurs tels que la diminution du temps de travail et la hausse du chômage pour les hommes, l’augmentation du temps de travail des femmes ou la progression de la part des personnes vivant seules ou des couples divorcés ou séparés.

En synthèse, le concept de charge mentale est complexe car multifactoriel (aspects psychologiques, sociologiques et organisationnels), applicable à la fois à la sphère professionnelle et privée, difficilement mesurable, et variable selon les capacités de l’individu au regard des tâches qui lui sont confiées.

Les impacts de la charge mentale sur la santé

La charge mentale dite « domestique » ou « ménagère » soulève plusieurs problématiques.

En effet, le cerveau est en ébullition, il ne s’arrête jamais ; c’est comme si l’individu ne cessait jamais de penser. Les conséquences sur la santé d’une telle activité cérébrale et physique (puisque la personne est souvent en mouvement), n’ont pas été démontrées statistiquement parlant, néanmoins elle contribue à l’apparition de symptômes tels que la fatigue, l’épuisement. Selon le Dr. Aurélia Schneider, psychiatre à Paris, « l’épuisement n’est pas la forme ultime de la charge mentale. Par exemple elle peut provoquer des troubles anxieux, certaines maladies de peau […] (psoriasis, eczéma…). Il y a des signaux d’alerte : du stress, de l’anxiété, un mal de ventre ou encore des migraines. » 13.

De plus, le stress ou l’angoisse de ne pas arriver à réaliser l’ensemble des tâches peut renforcer chez certaines personnes un manque de confiance en soi, voire même un manque d’estime de soi, et parfois même l’isolement social. Manque de confiance en soi car lorsque la « to do list » érigée le matin n’a pas été réalisée dans son ensemble, et que cela se répète jour après jour, l’individu finit par douter de ses capacités et se sentir submergé. De plus, des remarques extérieures qui pourraient venir renforcer l’idée que cette personne n’a pas fait ce qu’il fallait, ou la comparaison à d’autres personnes, renforceront ses croyances limitantes sur « l’incapacité à faire… ». La confiance en soi est l’une des composantes de l’estime de soi qui s’appuie sur deux autres « piliers » : « l’amour de soi » et « la vision de soi ». (André, C., Lelord, F.,1998, pp 14-18). Lorsque ces piliers ne sont pas stables ou en adéquation avec ce qu’on est profondément, il est fort probable de vivre la charge mentale comme une grande souffrance, voire sombrer dans le désespoir.

Enfin, « l’isolement (social) n’est pas lié à l’absence d’autrui mais à l’impossibilité d’avoir accès à un soutien en cas de nécessité ; il est à considérer comme un processus, et non un état ; enfin il fragilise l’interaction ». Ainsi un individu ayant du mal à gérer l’ensemble des tâches relatives au foyer, peut, s’il ne bénéficie pas de soutien extérieur ou s’il ne le sollicite pas par peur du « qu’en dira-t-on », s’isoler socialement. D’une part, l’absence de partage social favoriserait le développement de tendances à la rumination, et éventuellement l’enfermement dans des solutions inefficaces. D’autre part, des travaux en sociologie (Pan Khé Shon, 1999 ; 2002, 2003 ; Friedmann, 2007 ; Linhardt, 2009) et en psychiatrie (Ernst et al., 1998 ; Heinrich et Gullone, 2006) signalent que « les personnes n’ayant pas ou peu de contact relationnel avec des tiers sont plus sensibles à des sentiments dépressifs »14.

Les impacts au sein du foyer familial

Si nous prolongeons notre réflexion au niveau du noyau familial (conjoint et/ ou enfants par exemple) : Quelles peuvent être les conséquences d’un individu, ayant la responsabilité de la gestion du foyer et qui subit la charge mentale, sur les autres membres de la famille ?

Le premier impact de la charge mentale sur le foyer familial est le conflit avec le conjoint sur le partage des tâches. D’après Catherine Serrurier, « l’emploi des femmes s’est ajouté à la responsabilité domestique, sans que celle-ci soit déléguée ou transférée. On remarque néanmoins que cette charge peut être à peu près équilibrée dans les couples sans enfants, mais dès qu’il y a un ou surtout des enfants, la balance penche du côté de la femme. Au-delà de la santé et du bien-être de celle-ci, ce déséquilibre joue aussi sur le couple. Comment voulez-vous avoir de bons moments de légèreté, de disponibilité, d’attention quand vous êtes fatiguée et stressée ? 15 Les reproches vis-à-vis du conjoint qui ne contribue pas suffisamment à la gestion du foyer, sont souvent incompris, car les tâches inhérentes à la gestion du foyer sont souvent invisibles pour lui. Pire le conjoint répondra « fallait demander de l’aide » (Emma, 2017, Ch.2) ce qui pourra renchérir l’idée que cette charge mentale est uniquement de la responsabilité de l’individu qui la subit. Le sentiment de devoir faire face à cette charge mentale peut provoquer un cercle vicieux où l’individu sombre dans un épuisement et un découragement toujours plus important.

Un autre élément important de la charge mentale est l’arrivée d’un enfant au sein d’un couple. « Les femmes passent d’un ‘psychisme simple’ où elles s’occupent avant tout d’elles, de leur travail, de leurs activités à un sentiment d’écrasante responsabilité. » souligne Catherine Serrurier 16. D’autre part, à la naissance d’un enfant, « les pères, eux, voient leur femme changer, être beaucoup plus préoccupée. Ils peuvent se sentir ‘abandonnés’, avoir l’impression d’être devenus quantité négligeable ». Ce phénomène s’explique par le fait que l’homme n’ayant pas porté l’enfant et ayant un congé paternité beaucoup plus court que celui de la femme, il est davantage tourné vers l’extérieur. C’est à ce moment-là que la répartition des tâches liées à la maison et à l’enfant se fait sans que l’on s’en rende vraiment compte. Le lien social se distend et est souvent à l’origine de complications dans le couple.

D’autre part, le stress, l’absence psychique et la charge émotionnelle vécus par les parents du fait de la charge mentale, induisent des conséquences sur le lien familial avec les enfants.

Un parent stressé, angoissé, pressé par le temps aura plus de chance de recourir à des injonctions vis-à-vis de ses enfants du type « dépêche-toi » « fais plaisir » « fais des efforts ». Il s’agit ici de messages contraignants, appelés « drivers » (Kahler, T., 1975) souvent entendus dans notre enfance pour obtenir des signes de reconnaissance (positifs ou négatifs). Plus ces messages sont répétés, plus ils sont intégrés comme des croyances profondes, et peuvent avoir des effets pervers. Ils régissent nos comportements et parfois vont à l’encontre de ce que nous souhaitons. En ce sens, ils peuvent provoquer une dévalorisation et une baisse de l’estime de soi lorsqu’ils ne sont pas conscientisés et qu’un travail personnel n’a pas été réalisé.

L’enfant peut également souffrir de l’absence psychique du parent ayant une charge mentale importante, ce dernier étant tellement préoccupé par l’ensemble des tâches à effectuer qu’il ne se rend pas disponible pour passer du temps « qualitatif » avec son enfant.

Enfin, la charge émotionnelle liée à la charge mentale du parent se transmet, même inconsciemment, à l’enfant qui est une vraie éponge émotionnelle. « Le cerveau de l’enfant est une véritable éponge émotionnelle et pompe littéralement l’ambiance familiale puis l’exprime par l’intermédiaire d’un symptôme organique, fonctionnel, comportemental, psychologique ou psychiatrique ». Selon le tempérament de l’enfant, notamment sa sensibilité au monde qui l’entoure, l’enfant pourra capter plus ou moins les émotions de ses parents, que ce soit la frustration, la colère, la tristesse, et développer un comportement anxieux17.

Néanmoins, il est important de nuancer les propos ci-dessus. En effet, la charge mentale est parfois très bien vécue au niveau des foyers et ne pose aucun problème. Elle dépend des capacités de chacun à faire face aux tâches qui lui incombent dans l’environnement qui est le sien. Les limites sont connues par l’individu qui agit en les respectant et en les reconnaissant. D’autre part, le dialogue au sein du couple et avec les enfants peut être bienveillant, chacun exprimant ses besoins et ses émotions sans accuser l’autre, et cherchant des solutions communes pour le bien-être de tous.

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